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Septembre 1999
• Paulina Robles, mon épouse, et moi-même voulons écrire un scénario ensemble. Nous optons pour un triangle amoureux formé d’un Canadien et de deux femmes. L’homme s'appelle Norman, un professeur d’un certain âge qui, sous des dehors réservés et courtois, dissimule un tempérament passionné. Norman se fiance à Gladys, une jeune et belle Mexicaine rencontrée dans Internet. Celle-ci cherche désespérément à quitter sa ville natale, mais sans pouvoir se résoudre à se séparer de sa mère, Fernanda. Cette veuve encore assez jeune, un peu vieux-jeu mais indépendante, réservée mais sensuelle, devient de manière tout à fait inattendue l’objet de la passion de Norman. Nous décidons de faire un film à la fois comique et d'un réalisme dramatique, une fable moderne sur la solitude et le désir. Nous rédigeons un synopsis et, avec le soutien du Conseil des Arts du Canada, nous écrivons une version préliminaire de A SILENT LOVE (ASL) au cours de l’année 2000.
Août 2000
• François Dagenais, un vieux camarade de l’école de cinéma, et celui qui fera éventuellement la direction de la photo pour ASL m’incitent à rencontrer Pascal Maeder, l’intrépide producteur avec qui François a été à La Havane, à Cuba, pour le tournage de Entre la Lune et Montevideo d’Attila Bertalan.
Janvier 2001
• En nous fondant sur la version préliminaire d’ASL, Pascal et moi décidons de collaborer pour développer le script et tourner le film. Nous envisageons d’abord un tournage à l’automne 2001 mais, pour des raisons de logistique et les besoins de l’histoire, nous décidons d’attendre en 2002.
Avril à août 2001
• Grâce au soutien rapide du Fonds Harold Greenberg, nous sommes en mesure d’inviter le dramaturge et metteur en scène Nick Carpenter à joindre notre équipe en tant que scripteur. Nick met sa perspicacité et son enthousiasme à notre service et c'est à lui que nous devons un grand nombre des trouvailles visuelles qui se retrouvent dans le film, comme la balle rouge du voisin tombant sur la tête de Norman au Mexique.
• Nous recevons également l'aide au développement de Téléfilm Canada et de la SODEC, ce qui nous permet de commencer à planifier notre premier voyage préparatoire au Mexique.
Décembre 2001
• Pascal et moi arrivons à Mexico. Mon bon ami Bernardo Ávila se joint à notre équipe. Il semble connaître à peu près tout le monde et s'occupe de tout organiser, depuis les rencontres avec les producteurs et fonctionnaires locaux jusqu’à la distribution des rôles et la recherche des lieux de tournage. Bernardo est un démon de la vitesse, capable d'effectuer plusieurs tâches en même temps. Il peut lire des noms et des adresses sur son téléavertisseur textuel, tout en se frayant un chemin à travers la circulation de Mexico afin de nous mener d’un rendez-vous à un autre en un temps record. Par l’entremise de Bernardo, nous faisons la rencontre d’une extraordinaire régisseuse d'extérieurs, Claudia Puebla, qui nous emmène visiter plusieurs petites villes des environs.
• Un des moments forts de notre voyage est notre rencontre avec Vanessa Bauche qui lit notre scénario et l’apprécie. Comme beaucoup de Canadiens, j’ai vu cette excellente actrice pour la première fois dans Amores Perros de González Iñárritu. Pendant ce voyage, j'assiste à sa performance époustouflante dans Animales Insólitos, une pièce de Humberto Leyva. En lisant le rôle de Gladys dans ASL avec moi, Vanessa trouve le parfait équilibre entre l'innocence et l'amertume pour donner vie à cette maîtresse d’école de province pleine d'appréhension.
Janvier 2002
• Nous nous installons dans les bureaux d’ATOPIA sur le boulevard Saint-Laurent. La coordonnatrice de la production, Patricia Diaz, s’engage à garder un oeil sur la myriade de documents et l'armée de personnel dans deux pays et une douzaine de villes, un travail exigeant qu’elle accomplit avec talent et dynamisme.
• Tandis que Pascal et moi nous efforçons de mettre la dernière main au projet avant la date limite pour les demandes de financement, Luc Déry, le producteur associé pour ASL nous donne un sérieux coup de pouce en concluant la prévente du film au Canada.
Février 2002
• Nouveau voyage au Mexique. Nous rencontrons la magnifique actrice Susana Salazar, grâce aux efforts d’Alejandro Caballero, chef de la distribution. Nous sommes immédiatement charmés par Susana et son interprétation pleine de cœur et empreinte de légèreté de Fernanda.
• Nous sommes invités à assister à La Aventura, spectacle de cabaret de Carmen Salinas qui remporte un succès phénoménal. Carmen, une artiste accomplie et adulée, nous offre une délicieuse soirée arrosée de tequila et ponctuée d'ironie. Elle finit par accepter de jouer le rôle de Georgina, une bonne amie de Fernanda.
• Nous prenons contact avec Carlos Taibo et Hugo Villa de Hartos Indios, une dynamique boîte de production mexicaine avec laquelle nous collaborerons durant le tournage.
Mars 2002
• Au cours de tous ces mois, Paulina et moi passons en revue mes cassettes d’auditions et de lieux de tournage du Mexique. Son instinct et son expérience jouent un rôle déterminant dans le processus de sélection. Nous continuons également de travailler le scénario. Nous devons avoir continuellement en main une version bilingue, que nous utiliserons pour le tournage, et une version anglaise pour nos collaborateurs au Canada.
Mai 2002
• Nous sommes fous de joie en apprenant que nous avons obtenu des subventions de Téléfilm Canada et de la SODEC pour produire notre film. Hip, hip, hip! hourra!
Juin 2002
• Nous choisissons Noel Burton pour le rôle de Norman. Il se soumet de bonne grâce à une épreuve épuisante au cours de laquelle son personnage doit séduire une belle-maman effarouchée en espagnol, une langue dont il ne parle pas un mot. Heureusement pour nous, Noel est un véritable artiste. Il a une bonne oreille, il apprend vite et il dit ses répliques sans faire de fautes.
• De retour au Mexique, je fais passer des auditions, je vais voir d’éventuels lieux de tournage et je discute de la direction artistique à adopter pour les plateaux mexicains avec Carlos Salom de Hartos Indios. Pour ce qui est de l’aspect visuel du film, nous cherchons des textures subtilement stylisées, sans être trop ouvertement pittoresques.
Juillet 2002
• A Montréal, nous attribuons le rôle d'André, un ami de Norman. à l'homme le plus gentil au monde: l'acteur et poète Maka Kotto.
• François Dagenais, notre si méthodique directeur de la photographie, a entrepris des tests de tournage afin de trouver une pellicule 16 mm à faible contraste qui donnera un bon résultat après un gonflage en 35 mm. François et moi avons déjà travaillé ensemble, ce qui facilite nos rapports: il fait absolument tout ce que je dis, chaque fois qu'il estime que c'est ce qu'il convient de faire.
Août 2002
• Nous distribuons deux autres rôles montréalais importants: Lisette Guertin jouera Joyce, l'ancienne flamme de Norman, tandis que Paula Jean Hixson sera Molly, l'impétueuse nouvelle amie de Gladys.
• Patricia Durocher, qui déniche des lieux de tournage pour nous à Montréal, se consacre à la recherche de l'appartement idéal pour Norman. Celui qu'elle trouve est un vrai bijou et, en plus, il est situé à seulement un pâté de maisons du mien!
• Je retourne au Mexique pour le début des répétitions avec Vanessa et Susana et aussi pour mettre le point final à la distribution des seconds rôles. Jorge Zárate, un acteur comique très polyvalent, accepte de jouer M. Valdivia, le représentant de l'agence de rencontre Internet. Regina Orozco, qui avait été exceptionnelle dans le premier rôle féminin de Profundo Carmesí d'Arturo Ripstein, interprétera Ana Francisca. Rosario Zúñiga jouera le rôle du collègue de Fernanda au salon de coiffure et Ariadna Álvarez, avec la permission de ses parents, celui de Lucy, la jeune élève de Gladys.
• Nous concluons la recherche de lieux de tournage à Toluca et dans la ville voisine de Metepec. Norman descendra à l'hôtel Colonial, qui accueillera également l'équipe canadienne pendant la durée du tournage au Mexique.
Septembre 2002
• A Montréal, le directeur artistique Gabriel Tsampalieros et son équipe font des heures supplémentaires pour repeindre et redécorer presque entièrement l'appartement de Norman. Gabriel donne une amusante touche minimaliste convenant parfaitement à ce personnage à l'excentricité discrète.
• Maory Gastelo, notre géniale créatrice des costumes, travaille également jour et nuit avec sa propre équipe. Les vêtements colorés qu'elle choisit souligneront l'évolution de Gladys pendant les premiers mois de son séjour à Montréal.
• Vanessa Bauche et Susana Salazar arrivent à Montréal. Elles rencontrent Noel Burton. Les trois acteurs principaux sont enfin réunis dans la même pièce. C'est un moment angoissant mais très satisfaisant pour moi, car la chimie opère immédiatement entre les trois.
• Bernardo Ávila, de Mexico, est là aussi et nous aide en tout, comme d'habitude. Pascal Maeder se remet du stress lié à l'obtention du financement pour la production en discutant des subtilités du code de la route montréalais avec Bernardo.
• Excellente nouvelle: le Fonds Harold Greenberg s'ajoute finalement à la liste de nos investisseurs. Nous sommes maintenant fin prêts.
Octobre 2002
• Principaux travaux de prises de vues à Montréal. Les délicats effets de lumière de François sont incroyables, une prouesse parmi de nombreux autres exploits tout aussi impressionnants. Les membres de notre distribution et de notre équipe de tournage sont très généreux et créatifs. J'en apprends long sur la réalisation d'un film.
Novembre 2002
• Principaux travaux de prises de vues au Mexique. Nous emmenons une petite partie des collaborateurs de Montréal, ainsi que l'acteur principal, Noel Burton, et faisons équipe avec le personnel de Hartos Indios, des gens très motivés et doués sur le plan technique. Nous nous sentons très chaleureusement accueillis. Pour le dernier jour de tournage, nous avons besoin de quelques agents de sécurité afin de contenir la foule de résidents de Metepec venus apercevoir Carmen Salinas en chair et en os.
• Il ne nous reste qu'à tourner quelques scènes à Montréal: des extérieurs d'hiver et la séquence du restaurant de sushis.
Décembre 2002
• Je me rends à Toronto pour rencontrer, après bien des délais, Peter Kosaka, un acteur plein de ressources, qui accepte de jouer le chef sushi.
Janvier 2003
• Vanessa Bauche revient à Montréal pour tourner une scène par une température de moins 25 qui fait geler notre caméra. Vanessa est pleine d'enthousiasme, mais nous devons l'avertir que, au Canada, la sensation d'engourdissement qui envahit ses pieds et ses mains est le signe habituel vous avertissant qu'il est temps de s'élancer vers l'abri le plus près… tout de suite après mon "Coupez!", bien sûr.
• Fin du tournage.
Mars 2003
• Le montage image est prêt dans les délais prévus. Nous commençons à travailler avec un compositeur très spirituel et perspicace, Robert Marcel Lepage.
Avril 2003
• L'équipe de postproduction des effets sonores de Premium est sensationnelle. Nous effectuons le mixage final. Nous avons réussi à nous rendre jusque-là … Pascal pousse un soupir de soulagement. Je reste assis dans un coin, incrédule…
Mai à août 2003
• Nous ne sommes pas encore tout à fait au bout de nos peines, cependant. Le gonflage s'avère, comme c'est souvent le cas, beaucoup plus compliqué que ce que nous avions d'abord imaginé. L'un des principaux obstacles à vaincre est le montage négatif 16 mm, qui doit être effectué à la perfection pour réaliser le reste du processus. Nous finissons par très bien connaître les types du laboratoire.
• Nous nous occupons du sous-titrage, un élément essentiel de ce film authentiquement bilingue.
• Enfin, nous avons une copie que nous pouvons projeter à nos acteurs et à notre équipe au Canada.
Novembre 2003
• On nous confirme que la Première mondiale de notre film aura lieu au prestigieux Sundance Film Festival. Nous avons le souffle coupé. C'est vraiment une bonne nouvelle renversante pour nous!
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